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Pourquoi aller à l’église ?

Les fils d’Adam ne sont qu’un souffle !
Les fils d’homme un mensonge !
Dans une balance ils monteraient
Tous ensemble, plus légers qu’un souffle.
– Ps 69,10

Il y a des gens qui disent que la religion c’est une béquille. Je ne me suis jamais offusqué de cette description. Des fois, il m’est arrivé d’aller à l’église parce que je ressentais le besoin d’être pardonné, réconforté, de recharger mes batteries, ou de je ne sais quoi d’autre. Mais plus je vieillis – je ne suis pas très vieux, bien sûr, mais je ne suis pas aussi jeune qu’autrefois – plus je sens que ma foi n’est pas d’abord une affaire personnelle, mais une façon de partager avec tout le monde le lot commun.

Parfois je vais à l’église non pCulteConfirmpas pour être consolé de mes propres chagrins, mais pour chercher une consolation à la longue série de catastrophes que l’on appelle l’histoire humaine. Parfois je vais à l’église dans l’espoir de trouver le pardon, non pas pour moi mais pour mes ancêtres, mes parents, mes enfants et leurs enfants qui naîtront un jour et qui devront vivre comme ils le pourront (qui sait comment) dans ce monde abîmé que je vais leur léguer. Parfois je vais à l’église non pas pour me réconcilier avec quelqu’un en particulier, mais parce que, pendant cinquante mille ans, la terre sur laquelle je me tiens appartenait à d’autres gens, et que j’espère, par miracle, être réconcilié avec eux. Parfois je vais à l’église non pas pour chercher la paix dans mon âme, mais dans l’espoir de trouver un soulagement face à la violence qui fait rage et qui a bouillonné dans le sang de tous mes frères depuis le temps de Caïn.

Je vais à l’église et je prends du pain et du vin, pas nécessairement parce que j’ai faim, mais parce que la condition humaine commune est au fond la faim et la soif, rien de plus. C’est la faim de mes mères et mes pères que je nourris quand je prends le pain consacré. Quand je prends la coupe, c’est la soif ardente d’Adam que j’étanche. C’est pour l’énorme masse d’arrogance humaine, de bêtise et de méchanceté que je baisse la tête de honte et dis (gêné de le demander à nouveau), Seigneur, prends pitié.

Je ne vais pas à l’église parce que ce serait agréable (en général, ce n’est pas le cas), ou parce que ce ne serait jamais ennuyeux (d’habitude, ça l’est). Je ne vais pas à l’église parce que cela satisferait mes besoins personnels ou mes désirs (ça n’arrive que rarement). Je ne vais pas à l’église seulement pour moi. Je vais à cause d’Adam.aider

Oui, la religion est une béquille. Mais ce n’est pas ma béquille personnelle, c’est la béquille d’Adam. C’est la race humaine qui marche (si elle y arrive) en claudiquant péniblement.

Alors, quand arrive le dimanche matin, je tire le vieil Adam hors du lit. Je l’oblige à s’habiller et lui mets des chaussures aux pieds. Je lui brosse les dents. Je le fais sortir, et le force à aller à l’église.

C’est une tâche ingrate, mais quelqu’un doit bien s’y coller.

Je suppose que si je continue à traîner Adam à l’église chaque dimanche, il y a peut-être une petite chance qu’il finisse par devenir un jour chrétien. Et s’il devient chrétien – qui sait ? – peut-être qu’avec le temps il finira par devenir cette rareté, ce trésor : une personne authentiquement, véritablement, pleinement et sincèrement humaine.

B. Myers (20/10/2013, trad. sw & mcb)