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Pourquoi tant de haine contre la religion ? (The NewYorker)

21/05/2007
En France nous avons Michel Onfray , mais contrairement à ce que l'on pourrait penser l'athéisme militant ne manque pas non plus de chantres aux Etats-Unis  ! On trouve dans cet article du New Yorker, signé Anthony Gottlieb, la critique de plusieurs livres explicitement anti-religieux publiés là-bas ces dernières années - à l'occasion de la parution de l'ouvrage de Christopher Hitchens, Dieu n'est pas grand : Comment la religion empoisonne tout*. Hitchens est un célèbre chroniqueur anglais expatrié à Washington, une plume brillante qui adore jouer de la provocation.

La polémique a commencé en 2004 avec le best-seller d'un certain Sam Harris , La Fin de la foi*  ; elle s'est poursuivie avec Briser l'enchantement : la religion considérée comme un phénomène naturel* du philosophe Daniel Dennett (spécialiste des neurosciences et du darwinisme) puis La divine Illusion* de Richard Dawkins (biologiste anglais néo-darwinien et théoricien de l'évolution). En 2006, Harris avait relancé le débat avec sa Lettre à une nation chrétienne (qui, comme son titre l'indique, visait plus particulièrement le christianisme).

Hitchens ne fait pas dans la nuance : il traite les créationnistes de « péquenauds », qualifie la théologie pascalienne de « quasiment sordide » et appelle Calvin « un sadique, un tortionnaire et un tueur ». Selon lui les sentences bouddhistes sont « presque trop faciles à parodier », l'Islam n'est que « plagiat » et le roi David un « bandit sans scrupules ». Sa misanthropie tous azimuts apparaît aussi dans l'un de ses effets rhétoriques favoris : il traite de « mammifères » ceux qu'il souhaite rabaisser (qu'il s'agisse du faux messie du 17 e siècle Sabbatai Zevi, de saint François d'Assise, de l'empereur du Japon Hirohito ou du dictateur nord-coréen Kim Il Sung …).

Emporté par son élan, il lui arrive de se tromper, comme lorsqu'il met plus ou moins dans le même sac les mutilations génitales féminines en Afrique (pratique culturelle locale sans véritable lien avec une religion particulière) et la circoncision masculine (opération selon lui médicalement dangereuse et qui aurait gâché l'existence d'un grand nombre). Gottlieb observe avec humour que « cela ne manquera pas de surprendre la communauté juive, dans laquelle la circoncision masculine est la règle, et où les médecins, l'hypochondrie et les mères surprotectrices ne font pourtant pas défaut ! » - et il ajoute que l'Organisation Mondiale de la Santé préconise la circoncision masculine pour lutter contre la propagation du Sida.

Hitchens s'appuie en revanche sur des arguments plus solides lorsqu'il fait la tournée des conflits religieux . Il raconte qu'une semaine avant le 11 septembre on lui avait demandé, au cours d'une émission télévisée, d'imaginer qu'il se trouvait au crépuscule dans une ville étrangère et qu'un groupe d'hommes s'avançait vers lui ; serait-il plus ou moins rassuré s'il apprenait qu'ils sortaient d'un office religieux ? Cette expérience, Hitchens l'a vécue, à Belfast, à Beyrouth, à Bombay, à Belgrade, à Bethléem et à Bagdad - et dans chacun des cas, c'est un « Moins rassuré ! » retentissant qui convient … Entre protestants et catholiques en Ulster, chrétiens et musulmans à Beyrouth et Bethléem, hindous et musulmans à Bombay, catholiques croates, orthodoxes serbes et musulmans de l'ancienne Yougoslavie, chiites, sunnites et chrétiens à Bagdad, la religion a exacerbé les conflits ethniques et « multiplié la suspicion tribale et la haine ».

Son analyse paraît plus sérieuse que celle de Sam Harris qui faisait, lui, des croyances religieuses la cause directe des conflits - y compris en Irlande du Nord, où le conflit a commencé dès le début du 17ème siècle avec la confiscation des terres par la Grande-Bretagne et l'installation de colons anglais et écossais. Pour Harris, c'est l'Islam qui a abattu les « tours jumelles », avec la rhétorique incendiaire du Coran - la politique au Moyen Orient, l'histoire et l'économie ne joueraient qu'un rôle tout à fait secondaire. Toutefois s'il avait raison, pourquoi n'a-t-on pas vu Al Qaïda apparaître il y a 300 ans, puisque le Coran disait alors exactement la même chose que maintenant ?.

Mais on observe néanmoins un certain déséquilibre dans le maniement des preuves lorsque Hitchens pèse le pour et le contre dans le passé récent : il mentionne ainsi le rôle de l'Église réformée des Pays-Bas dans le maintien de l'apartheid en Afrique du Sud - mais pas celui de l'Église anglicane dans sa disparition. Il critique la passivité des églises (et celle de Pie XII ) face au nazisme mais ne dit quasiment rien des communautés et des institutions religieuses qui ont résisté.

Pour faire contrepoids, le journaliste cite d'ailleurs un point de vue opposé, celui de Jonathan Glover (directeur du Centre de Loi et d'éthique médicales du Kings College de Londres et auteur de L'Humanité : Une Histoire morale du 20 ème siècle ) : « il est frappant de constater combien de mouvements de contestation et d'actes de résistance à la barbarie ont leur source dans un engagement religieux »

L'histoire de l'occident est si étroitement liée aux idées et institutions religieuses qu'il est difficile d'envisager à quoi ressemblerait notre vie sans elles. L'idée que les gens seraient plus gentils les uns envers les autres si les religions n'existaient pas est assez étrange - si l'on considère que l'être humain est assez « vicieux » pour s'être inventé une religion, il faut bien admettre qu'il aurait été capable de trouver d'autres façons de faire le mal …

Gottlieb pointe ensuite la ressemblance entre l'athéisme militant d'aujourd'hui et la polémique anti-chrétienne du 2 ème siècle de notre ère, quand on accusait les chrétiens d'athéisme parce qu'ils refusaient d'adorer les dieux. Même tonalité dans l'invective : Celse ne disait-il pas de Moïse qu'il était stupide et que les livres bibliques de la Loi et des Prophètes étaient « des ordures » ?

L'article présente ensuite rapidement l'athéisme des Lumières, depuis les conceptions de Voltaire (Dieu comme le « grand horloger ») en passant par le philosophe anglo-écossais David Hume (qui réfute l'analogie du Dieu-artisan) pour aboutir aux encyclopédistes et matérialistes français comme Diderot et le baron d' Holbach. Ce qui était alors à « l'avant-garde » de la pensée a été largement diffusé depuis ; comment les athées militants d'aujourd'hui expliquent-ils la persistance du sentiment religieux ? Hitchens considère qu'il est lié à la peur et donc indéracinable ; Harris , après avoir vilipendé le judaïsme, le christianisme et l'islam, concède que des expériences spirituelles peuvent exister et s'intéresse aux techniques de méditation du bouddhisme … Dawkins consacre un chapitre et Dennett la plus grande partie de son livre à expliquer le sentiment religieux par l'évolution et la biologie.

Gottlieb cherche enfin à évaluer le nombre d'incroyants : au bas mot, 500 millions dans le monde, ce qui représenterait la quatrième « confession » -  après le christianisme, l'islam et l'hindouisme. Mais c'est aussi la plus récente et il est difficile de prévoir ce que deviendra l'incroyance quand elle aura un passé aussi long que celui des principales religions.

Lire l'article.

* Ces ouvrages ne sont pas pour l'instant traduits en français.

Pour les germanistes amateurs de musique baroque (Die Zeit)
07/052007
Lübeck célèbre le 300ème anniversaire de la mort de Dieterich Buxtehude

Sa ville était une porte ouverte sur le monde - mais ce sont plutôt les autres qui sont venus à lui pour l'écouter, comme le fit notamment le jeune Jean-Sébastien Bach à l'automne 1705 (il prolongea son séjour, ce qui lui valut quelques ennuis avec le consistoire d'Arnstadt).
Buxtehude (1637-1707) avait été choisi en 1668 pour tenir le grand orgue de la Marienkirche (l'église Sainte-Marie) de Lübeck, prenant la suite de Franz Tunder … et épousant (selon l'usage) la fille de son prédécesseur, Anna Margareta.
Buxtehude était le fils d'un organiste, et son amour pour cet instrument a fait de lui un expérimentateur. Son amitié pour Andreas Werckmeister, le plus « matheux » des théoriciens de la musique de son temps, a contribué à en faire un spécialiste des questions de tempérament.
La ville hanséatique de Lübeck était alors encore un centre important et Buxtehude était en contact étroit non seulement avec les édiles qui le subventionnaient, mais aussi avec des théologiens et des penseurs. C'était aussi un humaniste moderne qui s'interrogeait sur le rôle de l'art : ne devait-il pas représenter cet ordre que Galilée, Kepler et Harvey avaient repéré dans l'univers comme dans notre corps ?

L'article mentionne également le très grand succès que rencontrèrent les concerts spirituels organisés par Buxtehude les dimanches en fin d'après-midi pendant la période de l'Avent (cette tradition s'est d'ailleurs maintenue jusqu'au 19 ème siècle !). Malheureusement une quarantaine d'oratorios écrits pour ces occasions ont été perdus. Demeure cependant un cycle de cantates tout à fait fascinant, Membra Jesu Nostri (sur des textes du moine cistercien Arnulf de Louvain) dans lequel se révèle sa maîtrise de la rhétorique et des affects baroques. Le chef d'orchestre, organiste, claveciniste et musicologue néerlandais Ton Koopman (mandaté par la ville de Lübeck pour l'organisation des festivités) évoque avec jubilation « la sensibilité » de la musique de Buxtehude « qui va droit au cœur. »

Dieterich Buxtehude est mort à Lübeck le 9 mai 1707, mais c'est toute l'année que l'on célèbrera sa mémoire : concerts, festival, expositions, concours d'orgue, colloques, lectures sont au programme des festivités du jubilée.
On trouvera tous les renseignements sur le site www.buxtehude2007.de


Herr Christ, der einig Gottes Sohn BuxWV.192 (orgue)


Pour les anglicistes qui prévoient un voyage à Londres prochainement !
(The Independent)

07/052007
Le quotidien The Independent signale une exposition consacrée aux Textes sacrés qui se tient à la British Library (la Grande Bibliothèque ou Bibliothèque nationale des Anglais, elle aussi récemment agrandie, modernisée et déménagée du centre de la capitale) jusqu'au 23 septembre.
Cette exposition présente des ouvrages magnifiques des trois « religions du Livre » : le judaïsme, le christianisme et l'islam. La British Library possède l'une des plus belles collections au monde de manuscrits anciens. Le désir de transformer les livres contenant la Révélation en œuvres d'art et en objets précieux a triomphé de la méfiance des trois monothéismes envers les images.
Le Christianisme a eu très tôt recours à l'illustration et l'Islam a employé toutes les ressources de la calligraphie et de l'ornementation pour le Coran. Conquêtes, expulsions et conversions ont amené des brassages de population et une certaine contamination des styles : on peut ainsi comparer les représentations juives et chrétiennes de Moïse et du roi David et admirer des textes bilingues, voire trilingues.

L'article souligne la tension entre la sobriété du message et l'humanité du monde dans lequel il est reçu — tension reflétée dans les ouvrages eux-mêmes entre les mots et l'exubérante décoration qui les entoure.
À lire sur le site de The Independent.

On peut aussi consulter sur le site de la British Library les pages consacrées à cette exposition. Parmi les nombreuses œuvres exposées, on pourra notamment admirer :

Pour le judaïsme :
- Haggadah, livre de prière, richement illuminé, pour la célébration domestique de la Pâque (Catalogne, 14 e siècle)
- illustration du psaume 116 datant de 1740 : le roi David en prière
- contrat de mariage juif illuminé, rédigé à Ancone (Italie) en 1776

Pour le christianisme :
- la première page de l'évangile de Jean dans les fameux Évangiles de Lindisfarne qui datent du début du 8 e siècle
- le frontispice de l'évangile de Luc (Constantinople, milieu du 10 e s.)
- Noé et l'arche dans une Bible illustrée du 14 e siècle
- Le nouveau testament de M. Tyndale, le premier à être imprimé en anglais en 1526. Cette traduction, jugée hérétique, était interdite en Angleterre (elle était introduite dans le pays en contrebande)
- une étonnante illustration du psautier d'Henry VIII, dans laquelle on a donné au roi David jouant de la harpe l'aspect du roi anglais (lui-même très bon musicien)


Pour les anglicistes • Jésus et les témoins (TLS)
06/04/2007

Les articles du TLS , supplément littéraire (hebdomadaire) du journal britannique The Times , souvent rédigés par des universitaires, évaluent les publications récentes ; traditionnellement, les numéros de Noël et de Pâques sont en partie consacrés au domaine de la spiritualité, de la théologie, de l' exégèse ou de l' histoire des religions.

Parmi les ouvrages présentés cette fois-ci, figure celui de Richard Bauckham sur l'importance du témoignage pour la rédaction des Évangiles. Ce qui semble au non-spécialiste une hypothèse de bon sens va en fait à contre-courant d'une tradition savante bien établie, la critique des sources (laquelle explique la complexité des rapports entre les Évangiles synoptiques par l'existence de deux « sources », l'évangile de Marc et la source Q [de l'allemand Quelle = source]).

Jésus n'ayant pas laissé d'écrits on n'a cependant jamais remis en cause l'existence d'une période de transmission orale avant la rédaction des Évangiles — mais on pensait qu'elle s'était achevée avec la composition du premier évangile, et donc que l'étude d'autres cultures de tradition orale ne présentait qu'un intérêt limité.

Bauckham s'appuie sur l'étude systématique des noms propres du Nouveau Testament, à la fois parfaitement conformes à ce que l'on sait de la culture de l'époque en Palestine et d'une grande cohérence interne. C'est selon lui le signe d'une transmission fidèle et ininterrompue. Il accorde notamment beaucoup d'importance au fait que certains personnages (pas forcément de premier plan) sont nommés dans le récit alors que beaucoup d'autres restent anonymes : ne s'agirait-il pas des témoins, de ceux dont on a sollicité les souvenirs pour écrire le récit ?.

Cette hypothèse serait corroborée par les affirmations des auteurs chrétiens Papias et Irénée ( II e s.) mais aussi, dans le cadre d'une approche comparatiste, par les résultats des enquêtes menées au sein de cultures de transmission essentiellement orale.

L'auteur de l'article (A.E. Harvey, ancien chanoine et vice-doyen de Westminster) ne met pas en doute le sérieux des travaux de Bauckham mais montre bien à quel point l'adoption de son hypothèse représenterait un « changement de paradigme dans les études néo-testamentaires » ; il anticipe donc une vive controverse !

À lire sur le site du TLS

Pour les anglicistes • Pratique religieuse (BBC)
03/04/2007
« Dans son temple, louez Dieu »

Sur le site de la BBC, cet article est consacré au décalage entre le nombre de britanniques s'affirmant « croyants » (plus de la moitié) et celui des « pratiquants » (ils ne sont plus qu'un sur sept à fréquenter une église une fois par mois et un sur dix chaque dimanche).

La journaliste relie ces données à notre tendance actuelle à supprimer tous les intermédiaires (comme avec l'internet qui permet d'établir un rapport direct entre fournisseurs et utilisateurs) et l'article se termine d'ailleurs sur l'évocation d'une « église en ligne » (baptisée avec humour « St Pixels » !).

Julian Baggini (auteur de plusieurs best sellers sur la philosophie, un peu l'équivalent anglais d'A. Comte-Sponville) souligne de son côté qu'il est plus facile de se réclamer d'un vague christianisme que d'assumer complètement une foi religieuse ou à l'inverse toutes les conséquences de l'athéisme.

Mais l'article mentionne aussi une autre étude, réalisée par l'université de Manchester, dont les résultats sont quelque peu différents puisqu'ils semblent indiquer que la croyance religieuse des britanniques baisse encore plus vite que la taille des assemblées dominicales de fidèles : alors que les plus âgés se reconnaissent encore dans le terme « religieux » et que les quinquagénaires préfèrent parler de « spiritualité », les plus jeunes considèrent que leur vision du monde n'a rien de spirituel.

Les commentaires reflètent une grande diversité d'opinions : les uns mentionnent certains aspects rebutants de l'église en tant qu'institution, d'autres sont franchement hostiles (ils rappellent la formule de Marx « la religion est l'opium du peuple » ou associent la religion à l'intolérance et à la violence). Mais beaucoup reviennent sur un aspect essentiel que nous avions nous même évoqué pendant le culte (« Dessine-moi une Église »), l'Église- Ecclesia est avant tout composée de personnes, de « pierres vivantes » : « Nous n'allons pas à l'église — nous sommes l'Église » (Andy Crisp) ; « L'Église est ce que nous en faisons » (Geoff Lankow, Nouvelle-Zélande).

Deux internautes font ressortir le décalage croissant entre les valeurs chrétiennes et celles d'une société de plus en plus « décomplexée », voire cynique : dans un tel monde, « le sentiment d'une communauté, d'une cohésion est vital » (Debbie) ; « on n'est pas obligé d'aller au culte/ à la messe pour être chrétien, mais ça aide […] En n'y allant pas, non seulement vous vous privez d'un soutien, mais vous privez les autres du soutien que vous pourriez leur apporter. » (Dave McGuire)

À lire sur le site internet de la BBC


Pour les anglicistes • La repentance et au-delà (The Guardian)
26/03/2007

L'archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, chef spirituel de l'Église d'Angleterre et de la communion anglicane, estime que l'Église d'Angleterre devrait verser des réparations pour son rôle historique dans la traite négrière .

Il y a de bonnes raisons à cela : bien que des réformateurs anglicans (« Evangelicals »), et notamment William Wilberforce, aient été à la pointe du combat pour l'abolition de l'esclavage, l'Église d'Angleterre possédait des esclaves qui travaillaient sur ses plantations des Antilles anglaises ; elle ne les a affranchis qu'en 1833, soit 26 ans après l'abolition de la traite dans l'empire britannique. L'Église d'Angleterre avait alors reçu un dédommagement substantiel pour le préjudice financier que représentait cet affranchissement ! Mais à qui transférer aujourd'hui les sommes reçues ? le problème est assurément complexe.

La déclaration de l'archevêque, prononcée le lendemain du 200 e anniversaire de l'abolition de la traite des noirs, incitera-t-elle d'autres institutions qui ont elles aussi tiré profit de l'esclavage (banques et universités par exemple) à proposer de semblables réparations ?

Du côté des hommes politiques, le premier ministre Tony Blair a seulement parlé « de profonde tristesse et de regrets » ; quant au vice premier ministre, John Prescott, il considère qu'à l'occasion de cet anniversaire il serait plus utile de mettre l'accent sur l'aide aux pays africains plutôt que de présenter des excuses.

À lire sur le site du Guardian


Pour les anglicistes • Boucs émissaires de très longue durée (Haaretz)
18 et 26/02/2007

Sur le site du journal israélien Haaretz , deux articles successifs évoquent la controverse soulevée par le livre de l'historien Ariel Toaff portant sur le procès de Trente (en Italie) : en 1475 vingt-trois juifs y avaient été accusés du meurtre « rituel » d'un enfant de 2 ans (dont le sang était censé être employé pour la Pâque) ; tous furent torturés et quatorze exécutés à l'issue d'un procès pourtant réprouvé par l'Église.

On apprend en effet que de tels procès étaient alors interdits depuis deux siècles (plus précisément depuis 1247, date d'un décret du pape Innocent IV). Mais la papauté ne disposait manifestement que d'une influence limitée dans la région de Trente, sous domination allemande : le prince-évêque du lieu, Johannes von Hinderbach , nommé directement par l'empereur, pouvait sans risque ne tenir aucun compte des remontrances du pape Sixte IV ; von Hinderbach avait organisé le procès, veillé à sa conclusion expéditive et même organisé un culte à la petite victime.

Rétrospectivement, le diagnostic de persécution collective de boucs émissaires tout désignés semble facile à poser. Mais si la polémique fait rage, c'est que le livre en question, au titre accrocheur «  Pasque di Sangue  » (Pâque de Sang), tire argument de la présence dans les archives du procès de passages de textes liturgiques et d'éléments du rituel de la Pâque (notamment les malédictions contre les égyptiens) auxquels les juges chrétiens n'avaient pas normalement accès et qu'ils n'auraient donc pas pu inventer, pour suggérer qu'un groupe extrémiste de juifs achkénazes aurait bien pu se livrer aux actes dont ils étaient accusés ! Pour faire bonne mesure, l'éditeur a choisi comme illustration de couverture une gravure représentant « Abraham sacrifiant », le couteau levé au-dessus du jeune Isaac : on imagine l'interprétation de ceux qui ne reconnaîtront pas la référence biblique …

L'auteur de l'article, lui aussi historien et spécialiste de la période, remet en cause la méthodologie de son collègue : les citations de la Haggadah de Pessah (le récit de la sortie d'Égypte utilisé lors de la Pâque pour la célébration domestique) ont sans doute été tout simplement divulguées sous la torture.

Enfin bizarrement, l'auteur par qui le scandale arrive n'est pas un quelconque plumitif anti-sémite mais bien le professeur d'histoire médiévale et de la Renaissance à l'université Bar-Ilan en Israël et le fils de l'ancien grand rabbin de Rome.

A lire sur " Haaretz " article 1 article 2


Pour les anglicistes  • Peut-on rire de tout ? (BBC)
23/02/2007

Sur le site de la BBC, un très court article évoque la projection du film satirique des Monty Python, La Vie de Brian (1979) dans une paroisse anglicane de Newcastle.

À sa sortie certains chrétiens avaient pourtant crié au blasphème … Il faut dire que le Brian du titre est un quidam pris pour le Messie et qui meurt crucifié ; si certains gags ne soulèvent aucun problème particulier (comme celui de l'apprenti activiste politique s'essayant au graffiti, l'équivalent latin de « Romans go home », sévèrement puni … pour ses erreurs de déclinaisons latines ou le lépreux guéri, furibard parce qu'il se trouve ainsi privé de son gagne-pain de mendiant) d'autres peuvent choquer davantage (les réactions de la mère de Brian, une affreuse mégère vénale, uniquement intéressée par la valeur marchande des cadeaux apportés par les mages, ou les crucifiés chantant qu'il faut savoir prendre la vie du bon côté …).

L'argumentation du Reverend Jonathan Adams ne manque en tout cas pas d'intérêt. Selon lui :

•  Jésus ne doit pas être traité « comme une plante de serre », qui aurait besoin d'être protégé de toute critique ou examen approfondi,

•  La cible de la satire n'est pas Jésus de Nazareth mais « la bêtise et l'hypocrisie » parmi ceux qui professent une foi religieuse,

•  Une église qui ne tiendrait pas compte de ce type de critiques serait en bien fâcheuse posture,

L'équipe des Monty Python a d'ailleurs toujours présenté La Vie de Brian comme une parodie des « films bibliques » et une charge contre l'intolérance, plutôt que contre le christianisme.

« Morning has broken », succès de la chanson « pop » et cantique

« Morning has broken, like the first morning ; Blackbird has spoken, like the first bird … ».

On connaissait en France la version de Cat Stevens, mais on ne savait pas forcément qu'il s'agissait d'abord d'un cantique, dont les paroles ont été écrites en 1931 pour s'adapter à une mélodie gaélique du 19 ème siècle.

L'article de la BBC évoque sa popularité pour les cérémonies de mariage et pour cette institution typiquement anglo-saxonne, la «  school assembly  » — le rassemblement matinal de tous les élèves et d'une grande partie des professeurs et de l'administration, rite à la fois pratique (c'est le moment de la diffusion des informations) et vaguement religieux.

La diversité des réactions des internautes, de la nostalgie au rejet véhément, donne toute leur saveur aux commentaires … et peut, mine de rien, nous amener à nous interroger sur notre rapport affectif à ce que nous chantons (ou avons chanté) au temple.

A lire sur le site Internet de la BBC


Pour les germanistes   • Êtes-vous plutôt … ? (Die Zeit)

On sait qu'il existe des sites proposant des tests pour vous aider à choisir le/ la candidat(e) à l'élection présidentielle dont les positions se rapprochent le plus des vôtres.

Le journal die Zeit propose, lui, un test en 11 questions permettant de cerner ses affinités avec les différentes traditions religieuses (christianisme, judaïsme, islam, bouddhisme).

L'exercice a bien sûr ses limites (et l'on pourra notamment contester la formulation de certaines des réponses attribuées au christianisme), mais il est instructif (et amusant) de se prêter au jeu car on s'expose à quelques surprises !

www.protestants-leraincy.net
  Création Ateliers Velléda