Pâques, entre ouverture et bouleversement

Au lever du soleil, le premier jour de la semaine, le premier dimanche de tous, trois femmes sont bouleversées. Elles se rendaient rendre les derniers hommages à un mort. De grand matin, alors qu’elles allaient embaumer le corps d’un crucifié, avec des soucis d’ordre pratique, elles trouvent un tombeau vide. Elles réussissent à accomplir ce qui les inquiétait : elles entrent dans le tombeau. Mais leur projet, marqué par la piété et l’amitié, est interrompu. Au lieu du corps d’un crucifié, elles trouvent un messager de lumière. Elles sont confuses et déroutées.

Une nouveauté les attend, qui dépasse leurs prévisions. Un événement fait irruption dans leur histoire et la nôtre. Le crucifié, et il s’agit bien de Jésus de Nazareth, n’est pas là. Il est ressuscité. Message incompréhensible, bouleversant, qui suscite en elles une crainte sacrée, qui les met hors d’elles-mêmes et qu’elles n’osent encore transmettre.

Mais l’annonce dit encore plus. Ce Jésus, absent du tombeau, est présent quelque part, ailleurs qu’en cet endroit. Il peut être vu mais en un autre territoire où lui-même les attend, nous attend. En cette terre où il a donné rendez-vous à ses disciples, hier comme aujourd’hui. Dans cette Galilée où la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu a été proclamée, où des pêcheurs ont été appelés au bord du lac, où des vies humaines ont été relevées, où des paroles lumineuses ont été semées.

Galilée du compagnonnage sur la route, des rencontres surprenantes et des discussions éclairantes, des jours ordinaires et des moments forts. Galilée des premiers bouleversements, des premières ouvertures, où des hommes et des femmes, des blessés et des bien-portants, des corrects et des marginaux, des enfants et des adultes, ont perçu que la vie pouvait être différente, qu’un bonheur était offert, qu’une espérance pouvait habiter le cœur et le soulever, le relever, le ressusciter.

Galilée en nos quartiers et de nos maisons, en nos rues et de nos carrefours, en nos chambres secrètes et nos cuisines en désordre. Galilée des ouvertures et des bouleversements, quand nos projets et prévisions sont bousculés, quand des obstacles s’écartent, quand des paroles et personnes nous révèlent une lumière insoupçonnée, incroyable.

Comme ces premières témoins, les deux Marie et Salomé, nous avons le droit d’être déboussolées un temps, de laisser l’événement et sa nouveauté radicale entrer peu à peu en nous, pour nous faire sortir de nos tombeaux. Pour un jour pouvoir annoncer, joyeusement, par-delà et à travers nos saints effrois, le mystère qui nous dépasse et nous transforme : Christ est ressuscité, Alleluia! Il est vraiment ressuscité.

D. Cadrin